Le cercle du poète

25 Mar 2025

A propos de «Not about everything» , du danseur et chorégraphe Daniel Linehan (Télérama, 2008)

Il y a des trucs dans la vie qui ne servent à rien, ne changent rien, n’empêchent rien. Par exemple, tourner en rond durant une demi-heure, à des vitesses infiniment variables, tout en expliquant à voix haute que ce que l’on
est en train de faire – en l’espèce, tourner en rond – n’est pas ce que les gens s’imaginent que l’on fait. Qu’il
puisse y avoir de la beauté, de la grâce, sinon de la gravité là-dedans est, pour beaucoup, difficile à admettre.
Et pourtant, lorsqu’il tourne sur lui-même, parfois jusqu’au vertige, Daniel Linehan ouvre en nous de vastes
contrées intérieures. Du moins si nous acceptons de nous laisser faire par la gratuité de son geste. Si nous
acceptons que notre regard se dépouille. Mi-ange mi-samouraï, Linehan est un très jeune Américain, né à
Seattle, passé par New York et maintenant basé à Bruxelles, où il est membre de Parts (cycle de formation aux
arts de la scène initié et dirigé par Anne Teresa de Keersmaeker). Pourquoi fait-il ça, tourner tel un derviche
orphelin de Dieu ou de toute autre croyance ? C’est son affaire. Supposons qu’à l’âge qui est le sien il veuille ainsi
marquer son territoire, poser ici et maintenant les bases de son art, fixer ainsi le cadre de son combat.
Ici, rien d’autre que le présent ne nous est proposé, nul ressassement, nulle utopie, comme s’il nous fallait
trouver l’horizon au coeur de ce présent. Dès lors, il n’est pas déraisonnable de rapprocher la démarche de ce
Daniel Linehan de celle d’un autre performeur, Mickaël Phelippeau, lequel avec d’autres moyens interroge les
liens entre danse et religion. L’affaire est donc sérieuse.
Daniel Conrod

Not about everything et Montage for three, du 10 au 13 février, dans le cadre du festival Hors-Série, où seront
aussi présentés les travaux de Nathalie Béasse, Miet Warlop, Mickaël Phelippeau, au Théâtre de la Bastille, Paris.

Daniel Conrod