La vie continue

25 Mar 2025

Amorce d’un lexique désinvolte du mois écoulé où l’on voit que le nouveau monde n’est pas forcément plus affriolant que l’ancien (mars 2018).

Chronique publiée dans " Le 18e du mois ", journal d’information sur le 18e arrondissement de Paris, indépendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est édité par l’association des Amis du 18e du mois.

Aérosol : ex friche industrielle dédiée au street art (54 rue de l’Evangile), aux rollers, aux pop up stores, à la musique électro, aux palettes de bois recyclées, aux food trucks, temple du stylelife décrit par les médias avant même son ouverture il y a deux ans comme «le spot le plus cool de Paris» , s’est avantageusement présenté comme le trait d’union entre la Porte d’Aubervilliers et Marx Dormoy, la géniale étincelle d’où surgiraient un nouveau quartier et de nouvelles sociabilités, a obtenu le droit, particulièrement durant les week ends, de bassiner jour et nuit les oreilles et le sommeil des habitants du secteur Evangile/Torcy, a fermé ses portes le 14 octobre dernier, ne pas s’en plaindre nécessairement.

Buzz : voir carpet bombing

Carpet bombing : synonyme de blietzkrieg et/ou de fuite en avant, se dit de la technique de communication consistant à multiplier les annonces et projets en vue de provoquer une reprise virale dans les médias et de faire oublier les ratages d’une politique ou une séquence particulièrement désastreuse. Depuis quelque temps, Anne Hidalgo pratique le carpet bombing (gratuité des transports, logement des SDF, plan anti-crack, manifestation pour le climat, relance du dossier autolib en vue de son réglement…).

Casier individuel : infiniment moins flatteur que le logement d’une cinquantaire de SDF dans les locaux de l’Hôtel de Ville, désigne un moyen très concret pour les SDF. de tenir en un lieu approprié leurs affaires personnelles sous clé et d’y avoir accès 24 heures sur 24, expérimenté depuis quelques jours à Montreuil à l’initiative d’Emmaüs Alternatives, pourrait inspirer les services concernés de la Ville de Paris et autres tutelles en charge du logement et/ou de la grande pauvreté.

Chapelle (Porte de la) : territoire de relégation ne disant pas son nom, sur sa périphérie, y figure la Colline par la description duquel un Dante contemporain pourrait sans difficulté ouvrir sa propre Divine Comédie, laquelle commence avec l’enfer (Inferno).

Colline (la) : haut lieu du trafic de crack situé Porte de La Chapelle, quand il ne se déplace pas vers Stalingrad, voir (ou revoir) à ce sujet le très beau travail photographique réalisé sur place en 2015 (déjà ! ) par le photographe Pierre Faure.

Crack : drogue de dernier choix particulièrement dévastatrice, se vend, se consomme dans Paris très prioritairement au lieu dit la Colline (Porte de La Chapelle) ou à Stalingrad, dans le XIXème arrondissement, embrouille et pervertit la question migratoire.

Dictionnaire anglo-maniaque : en avoir un par devers soi lorsqu’on cherche à comprendre le nouveau monde, voir par exemple l’article Aérosol.

Effets d’annonce : voir SDF, crack, Hidalgo…

Grivaux : adepte du nouveau monde, un peu trop sûr de lui, comme son mentor, devrait se méfier pour de bon d’Anne Hidalgo et du vieux monde en général, et se rappeler la triste aventure de Michel d’Ornano parti à la conquête de Paris pour le compte du Président d’alors, Valéry Giscard d’Estaing.

Habitants : le plus souvent, éléments du décor.

Hidalgo (Anne) : vraie professionnelle de la politique, c’est à dire killeuse, obsédée par la communication, énervante à force de débiter des éléments de langage, gagnerait à sortir pour de vrai de sa forteresse, arrêter cependant de la croire au fond du trou, peut rebondir.

Hidalgo bashing : pratique récurrente aussi ennuyeuse et dérisoire que le carpet bombing qui en est le miroir inversé, n’est pas sans rapport avec la misogynie, se retourne quelquefois en son contraire.

Jungle : désigne ici (on ne s’en lasse pas) une vraie soirée thématique et privée, Welcome to the Jungle, pour happy few cyniques ou stupides ayant eu lieu au aux Petites Gouttes (Halle Pajol) le 7 septembre dernier, on y voyait, fièrement portés par des invités pathétiques, des casques coloniaux tandis que pendaient ici ou là des singes en peluche (histoire de ne pas oublier où l’on est), ne pas confondre avec fiction ni avec la jungle de Calais.

Koons (Jeff) : voir tulipes

Migrants : ou réfugiés, voir à ce sujet le précédent numéro du 18ème du Mois.

SDF : coup de com super habile en même que coup de pression sur l’Etat, l’annonce ces tout derniers jours par Anne Hidalgo (JDD du 14/10/2018) d’un projet d’hébergement des femmes SDF dans des locaux du rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville de Paris devrait concerner entre cinquante et cent femmes, fait suite à une précédente annonce d’un plan anti-crack, abondamment reprise dans les médias.

Tulipes : les revoilà, les fameuses tulipes que le plasticien Jeff Koons prétendait installer initialement, en vis-à-vis de la Tour Eiffel, entre le Musée d’art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo. Un peu plus actif que son prédécesseur Bruno Julliard (ce qui ne doit pas être impossible), le nouvel adjoint à la culture de la ville de Paris, Christophe Girard, vient d’annoncer qu’elles échoueraient finalement au Petit Palais. Les lecteurs se rappellent peut-être qu’après que l’écrivain Thomas Clerc eut brillamment exposé dans le Monde toutes les raisons qu’il y avait d’installer ces tulipes Porte de La Chapelle, on avait adressé une lettre ouverte à la Maire de Paris allant dans le même sens. Cette lettre était restée sans réponse. On maintient que c’était la meilleure chose à faire pour déjouer la stratégie communicationnelle de Jeff Koons. Les tulipes resteront dans les beaux quartiers, avec les riches et pour les riches. Epilogue sans surprise.

Daniel Conrod