On n’avait jamais vu ça. Tant de luxe, d’ostentation, de minutie et de savoir-faire combinés pour le remontage d’un opéra baroque tombé dans les oubliettes depuis belle lurette. C’était en 1987 à l’Opéra-Comique (Paris), lors des représentations d’Atys, un opéra de Lully qui venait d’être recréé par une équipe artistique d’exception (Christie à la direction musicale, Villégier à la mise en scène, Lancelot à la chorégraphie, etc.). On y appréciait cette part d’excès par quoi se reconnaît en France la splendeur et le faste du mécénat républicain, parfois guère différent du mécénat louis-quatorzien. Atys fut un sommet en même temps qu’une limite. Après la dernière, on pensait qu’on ne le rejouerait jamais. Et voilà que Ronald Stanton, milliardaire new-yorkais de 84 ans, habitué de la Brooklyn Academy of Music (BAM) de New York (où Atys a été montré à deux reprises), en a décidé autrement. Comme s’il ne voulait pas quitter le monde sans avoir vu et revu sur la scène d’un théâtre ce triste ballet des amours entre une déesse et un humain. Est-ce par caprice ou par désespoir ? Toujours est-il qu’en mai 2011 Atys sera ressuscité à Paris (1), dans la même production et par la même équipe artistique, à l’exception de la chorégraphe Francine Lancelot, aujourd’hui décédée, que remplacera son assistante de l’époque, Béatrice Massin. Le montant de l’engagement financier du généreux Ronald Stanton n’a pas été rendu public.
