primaires et compagnie

28 Août 2026

ce que nous disent les gens et les choses 7
Impossible de traverser sans quelques mots, sinon quelques phrases, la séquence politique qui s'ouvre. Cette chronique est donc la première exploration du paysage d'avant la bataille. Quelques autres suivront. Il y sera question de ce pays qui est nôtre et du monde tout autour, de gens, de nous, de vies réelles, de droit, du difficile et nécessaire travail de l'entendement et de la vérité. Il y sera question de penser autant qu'il est possible, avec toujours en pied de page de mon désormais traditionnel VIDE-POCHES en mode télégraphique...

Photographie d'une devanture prise rue de L'Olive (Paris 18e) un soir de printemps 2026.

Je voudrais qu’on m’explique, si les choses sont si naturelles (ce qui n’est pas tout à fait vrai, j’en conviens), comment une organisation de l’importance du Parti Socialiste, un parti de gouvernement s’il en est et qui s’en est vanté ad nauseam, un parti doté de moyens et porteur d’une longue, dense et (pas toujours/mais parfois) belle histoire, qui a dirigé et dirige encore de très grandes collectivités, qui a eu d’illustres leaders (mais pas que) peut se présenter aujourd’hui tête haute devant le peuple de France et ses électeurs à quelques mois d’une élection présidentielle jugée par tout le monde décisive dans un tel état d’impréparation ou de délabrement intellectuel et moral. Dix ans pour se saisir par exemple des grandes questions du moment, cela ne doit quand même pas être insurmontable quand on voit, quand on sait, ce qu’un individu, vous, moi, et tant d’autres autour de nous, sont déjà capables de charrier en quelques mois à eux tout seuls, avec leurs petits bras et ce que la vie leur a donné d’intelligence et de bon sens… Alors d’où vient le mal ? Pour faire court, de trois choses, plus une : le manque de travail intellectuel pathologique des dirigeants socialistes depuis des temps immémoriaux, leur incapacité à fabriquer avec d’autres de la pensée qui pense, qui pèse et qui nous parle et leur manque d’intérêt pour la vie quotidienne des gens et la vie militante hors séquences électorales. L’anti-sarkozisme virulent qui a permis l’élection présidentielle de François Hollande en 2012, et non son programme, a camouflé un déclin déjà bien engagé que le fric-frac macronien de 2017, ourdi en coulisses avec la complicité de hiérarques solfériniens, a accéléré. Je ne reviens pas, ou en n’en finirait jamais, sur la maladie présidentialiste de notre pays (presque toujours un homme qui aurait tout vu, saurait tout et pourrait tout) et le quinquennat (au lieu d’un septennat sec) comme explications systémiques.

Trois choses donc, plus une que voilà et qui s’appelle le macronisme parce qu’il est l’angle mort, l’impensé ou la mauvaise conscience du Parti Socialiste. On a vite vu la vitesse avec laquelle notre jeune et déjà très roué politicien avait syphonné en 2017 une partie de l’appareil socialiste (parlementaires et autres hauts fonctionnaires). Vite vu de quel bois serait fait sa mandature (sans parler de la suivante). Vite vu les glissements répétés de curseurs du nouveau régime comme autant de lignes rouges aux yeux d’un.e progressiste ordinaire : le partage de la richesse, les libertés publiques, la mise à l’écart de la société civile, la tentation illibérale plusieurs fois observée (gestion de la crise des Gilets Jaunes et du Covidi et contournement de la défaite électorale de 2024), la cruauté sociale maintes fois transparente dans le discours élyséen, l’exercice violent et spéculaire du pouvoir, caractérisé notamment par un usage prétorien de la police… Vite vu aussi l’impossibilité pour le PS., en dépit de quelques efforts notables de son premier secrétaire, Olivier Faure, de se défaire pour de bon de cette véritable tunique de Nessus, c’est à dire de décortiquer la vraie nature du macronisme. A ne pas le faire, à ne pas le vouloir peut-être, les socialistes se sont empêchés de se repenser comme force progressiste utile et d’éclairer leurs électeurs en perte de repères, se laissant ainsi tondre la laine sur le dos par LFI.

Ainsi en arrive-t-on à cette primaire rococo-riquiqui sous le boisseau socialiste à quinze euros le ticket d’entrée quand le travail, le courage et l’humilité eussent été il y a des mois de cela de créer les conditions, avec d’autres, en vue d’une primaire gratuite et co-produite par l’ensemble des organisations de la gauche non LFI : écologistes, PCF, Place publique, les réprouvés, pour ne pas dire les pestiférés de LFI., François Ruffin inclus, puisqu’aussi bien LFI, de son côté, avait de toute éternité choisi son candidat et n’en changerait pas. Cette primaire non LFI devant être évidemment dotée d’un pacte de bonne conduite tandis que (idéalement et) parallèlement des discussions discrètes entre les deux pôles de la gauche en lisse, seraient tenues, garantissant à leurs électeurs et électrices qu’ils ne seraient pas dupés en cours de route quel que soit le résultat du premier tour de l’élection présidentielle… Parvenus à ce point de la réflexion, deux rappels de bon sens et de bonne foi s’imposent. Avec ou sans Raphaël Glucksmann, il n’y a pas, il n’y a jamais eu, il n’y aura pas de victoire de la gauche à une élection présidentielle sans que d’une manière ou d’une autre soit mise en place une forme de coalition, fût-elle irréaliste, fût-elle cabossée, fût-elle provisoire, fût-elle de bric de broc. Tout à l’ubris (peut-être) fatale, mais déjà un peu trop voyante, obsédés qu’ils sont de torpiller la concurrence dès le premier tour (comme s’il ne devait pas y en avoir un second) après leur lancement de campagne réussi, Jean-Luc Mélenchon et LFI feraient bien de garder les pieds sur terre. D’autant plus que, et c’est le second rappel, nous le savons parce que nous l’avons vu en 2024, on ne peut plus compter désormais sur un front républicain trans-partisan anti RN. comme la démonstration nous en est faite ces derniers temps au Parlement Européen comme à l’Assemblée Nationale.

Autre chose tant qu’à finir. D’où vient que même cette primaire de sous-préfecture qui enrage ou fait sourire ne concerne pas l’un des plus embuscadés de la famille socialiste, parmi les plus capés et réseautés, je veux parler de François Hollande, persuadé que l’heure de sa revanche est proche et qu’il suffira pour l’obtenir d’attendre (sinon d’y œuvrer) la chute de Raphaël Glucksmann. Ces calculs sans gloire de la part d’un homme qui a lui-même contribué au désastre politique de 2017 sans jamais s’en être expliqué ne font ni une pensée à la hauteur de ce temps ni un espoir pour les gens. Rideau !

D’Einstein, à moins que ce ne soit d’un autre, ceci : « La folie, c’est faire toujours la même chose et s’attendre à un résultat différent. »


Daniel Conrod