« Elles sont longues, ces nuits en première ligne, elles n'en finissent pas. Alors du coup, un homme, ça le prend d'avoir envie de parler avec un autre homme, mais où veux-tu qu'il le trouve, cet homme ? » Isaac Babel, Cavalerie rouge, Zamostie....
Ce texte est le premier des cinq récits qui composent « L’atelier des morts » publié en 2015 aux Editions Buchet-Chastel.
Si chacun de ces cinq récits évoque, outre l’adresse à un.e défunt.e, une élégie (quelquefois très paradoxale ! ) funèbre ou un monument funéraire portatif, leur ensemble déplie, par petites touches ou brutales embardées, la traversée chèrement payée de notre XXe siècle par une famille française ordinaire de culture catholique, profondément travaillée par trois guerres et dure à la tâche. Ces textes, chacun ayant sa propre histoire, sa marque de fabrique, son régime de vérité, ses oublis, ses silences, ont été et sont rassemblés en raison des hybridations multiples et autres résonances qui les traversent comme s’ils formaient à eux tous un corps ou un archipel imaginaires. Le nom de Fabien désigne cette famille qui est par bien des aspects la mienne tout en maintenant un écran entre celle-ci et moi, mais aussi entre celle-ci et le lecteur ou la lectrice. Je parlerais ici de transparence voilée.
La notion d’atelier des morts signifie principalement que la mort et le rapport aux morts sont notre atelier à nous, les vivants, par quoi nous existons, par quoi nous nous qualifions en tant que tels. Penser la mort, incorporer la mort, la nôtre comme celle de nos disparus, chers ou pas, nous émancipe. Cet atelier-là ne ferme jamais sa porte ni ne part en vacances. « L’atelier des morts » n’a donc pas grand chose à voir avec un exercice mélancolique ou une Leçon de ténèbres. Il y est question plus simplement d’un cérémonial permettant une circularité entre les morts et les vivants sans laquelle il n’y a pas de repos durable pour les premiers ni de vraie liberté pour les seconds. Liés nous naissons, liés nous vivons, liés nous mourons.
Ces textes ont en commun d’avoir été écrits à voix haute. Ils gagnent à être lus à voix haute.
Les cinq récits de « L’atelier des morts » sont édités sur lebanquet.eu avec l’accord des Editions Buchet-Chastel et à raison d’une parution par semaine.
« Elles sont longues, ces nuits en première ligne, elles n'en finissent pas. Alors du coup, un homme, ça le prend d'avoir envie de parler avec un autre homme, mais où veux-tu qu'il le trouve, cet homme ? » Isaac Babel, Cavalerie rouge, Zamostie....