ce que « ce-président-là » n’aurait (peut-être) pas fait

12 Mar 2026

ou comment canaliser une obsession improductive
Inspiré par les commentaires publics récents du président Nord-Américain au sujet :
- des exécutions à peine masquées (par l'ICE) de Renee Good et de Alex Pretti à Minneapolis en janvier 2026
- de l'assassinat du cinéaste Rob Steiner et de sa femme, la photographe Michele Singer, par leur propre fils Nick en décembre 2025
- de la supposée lâcheté des soldats Européens alliés des USA en Afghanistan
- et, fatalement, de sa décision d'engager le fer et le feu avec l'Iran le 28 février 2026

L'exercice, car c'est aussi un exercice, consiste à cocher les items (et à en rajouter autant que nécessaire) à compter desquels l'individu Trump aurait (ou aurait eu) le plus de chances de nous prémunir (ou de nous avoir prémunis) contre quelques-uns de ses (tous comptes faits innombrables) travers naturels les plus toxiques, sans pour autant se persuader que la médication proposée ici vaille (ou eût valu) promesse de résultats

Certains items possiblement énigmatiques peuvent nécessiter une recherche. Cela fait aussi partie de l'exercice

La citation d'ouverture, quant à elle, est présentée telle qu'elle apparaît dans le livre (remarquable) de Stefano Massimi

« De son côté

Phineas Taylor Barnum

mentait

il mentait depuis des années

il mentait de façon éhontée

en jurant

que ce n’était pas truqué

que la Sirène et le Géant

étaient

des raretés

authentiques

biologiques

et prouvées.

Ce qui

implique

maintenant

pour nous

deux simples

et authentiques questions

1 / pourquoi le croyait-on

2 / pourquoi

d’entre tous les hommes habiles de Bridgeport

fut-il choisi

massivement

pour maire.

Bon sang

comme nous aimerions

obtenir une réponse.»

« Donald » de Stefano Massini / Editions Globe

Si soixante-dix sept millions trois cent deux mille cinq cent quatre-vingts (77302580) électeurs nord-américains n’avaient pas voté pour lui le 5 novembre 2024 en toute connaissance de cause

S’il parlait un peu moins et travaillait un peu plus

S’il n’avait pas été élu une première fois, le 8 novembre 2016, par… soixante deux millions neuf cent quatre vingt quatre mille huit cent vingt huit (62984828) électeurs nord-américains

S’il s’était rappelé plus souvent au fil de sa vie antérieure que son grand-père paternel FriedriCH Trump avait quitté le Palatinat (ex possession Bavaroise rattachée en 1871 à l’Empire Allemand) en 1885 pour tenter sa chance aux Etats-Unis et devenir FrederiCK Trump

Si la justice était la même pour tous aux Etats-Unis

S’il avait dû gagner sa vie, en commençant par le bas de l’échelle, comme la plupart des gens ordinaires

Si ses parents lui avaient appris que le mépris de la connaissance, quelle qu’elle soit, n’est, ni ne peut être, une option

S’il n’était pas né avec le serpent de la vanité noué autour du cou

S’il avait tiré toutes les conclusions du simple fait que la diplomatie coûte moins cher que la guerre

S’il passait moins de temps sur ses terrains de golf

S’il n’avait pas hérité de son père

S’il avait intériorisé qu’à tout moment, sans que rien ne l’annonce, la plus haute puissance peut perdre le nord

S’il avait lu « Les habits neufs de l’empereur » d’Andersen

S’il regardait en face, avec toute la rigueur nécessaire, la petite foule de celles et ceux qu’il a nommés aux fonctions les plus importantes et se demandait, avec toute la lucidité nécessaire, ce que tant de vilain.e.s, de cruel.le.s, d’imbéciles et d’esprits corrompus peuvent bien ajouter à sa gloire

S’il avait dû laver lui-même ses slips et ses chaussettes ou repasser ses chemises

S’il avait fait ses courses alimentaires plus souvent, cuisiné, fait la vaisselle, récuré, fait son lit, étendu son linge…

S’il avait au moins une fois regardé le soleil se lever ou la nuit tomber et s’était dit après un long, très très long silence venu de l’âme : « Que le monde est beau ! »

S’il pouvait se débarrasser de ce nom maudit de Donald Trump devenu sa tunique de Nessus

S’il avait préféré une bonne fois pour toutes l’intégrité à la rapacité, la vérité au mensonge, la main tendue à la domination

S’il n’avait pas prospéré dans le New-York des années soixante-dix

Si le parti démocrate ne lui avait pas ouvert un boulevard, ni déroulé par-dessus ce boulevard un tapis rouge étoilé

S’il avait écouté, sans jamais l’interrompre, l’une au moins de ses femmes de ménage lui raconter sa propre histoire

S’il n’était pas raciste

S’il avait la moindre idée de l’ampleur du soulagement que son départ ou sa chute, ce qui pour lui sera à peu près la même chose, susciteront multiplement de par le monde

Si les dirigeants Européens avaient un peu plus de courage ou de dignité

Si Joe Biden avait respecté sa promesse initiale de ne faire qu’un seul mandat

S’il n’incarnait pas à lui seul les pires impasses et cruautés du rêve américain au point d’en faire un cauchemar pour tant et tant de gens

Si l’individualisme de masse et l’étalement urbain sans limites n’avaient pas gagné la partie

Si la mort de son frère aîné, Frederick Crist Trump Jr., en 1981 ne l’avait pas privé d’un bouclier psychique

S’il ne portait pas ses coups les plus rudes contre ses (supposés) alliés

Si on lui avait appris le respect des faibles et des personnes décentes

Si le parti démocrate s’était mis au travail de la pensée quand il en était encore temps

Si les Etats-Unis n’étaient pas une oligarchie

Si l’existence des autres lui importait d’une manière quelconque

S’il avait vu « Les portes du paradis » de Michael Cimino

S’il avait circulé dans Manhattan en vélo, ou en rollers, pour son plaisir ou par nécessité

S’il était passionné de camping et de trekking

S’il ne prenait pas les soldats de l’armée nord-américaine pour des soldats de plomb

Si tant et tant de dirigeants nord-américains avant lui n’avaient pas piétiné leurs serments, la main sur la poitrine

S’il avait eu l’occasion d’observer que souvent, assez souvent même, la mesquinerie de certaines vieilles personnes, loin de prouver leur puissance passée ou présente, témoigne tout simplement de leur peur de mourir

S’il ne lui était jamais venu à l’esprit de comparer une guerre à une « petite excursion »

S’il cherchait dans le regard d’autrui autre chose que son propre reflet

S’il collectionnait les boîtes de camembert lanquetot au lait cru moulé à la louche

Si le financement des campagnes électorales états-uniennes n’était pas ce qu’il est

S’il n’avait pas la méchante habitude de sous-estimer ceux dont il pense qu’ils n’ont pas les cartes

S’il avait compris que (presque) tous les tyrans, fussent-il encore en formation, finissent par quitter la scène (généralement sans avoir été informés qu’ils allaient devoir le faire)

S’il s’était intéressé non pas à l’URSS et la Russie, mais à l’histoire de l’URSS et de la Russie

S’il admettait qu’à peu près tout sur la planète existait avant lui et renaîtra après lui, sous une forme ou une autre, nonobstant l’immensité des dégâts qu’il aura laissés… une fois son «grand-oeuvre» de destruction accompli

S’il avait «fait le Vietnam» comme la grande majorité de ses congénaires

S’il ne prenait pas du plaisir à humilier publiquement ceux qui n’en sont pas

S’il n’avait pas pris la décision stupide le 8 mai 2018 de retirer les Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien

S’il était insensible à la flatterie

S’il n’avait pas multiplié les mauvaises fréquentations

S’il connaissait un peu mieux la géographie du monde

S’il n’était pas captivé par Poutine

Si les électeurs et électrices nord-américains avaient refusé en 2016 de voter pour un homme se vantant d’attraper (to grab) les femmes par… (on connaît la suite)

Si les mêmes électeurs et électrices nord-américains avaient refusé en 2016 de voter pour un homme politique capable de se moquer d’un (journaliste) handicapé physique en plein meeting électoral

S’il avait lu « L’histoire sociale » des Etats-Unis de Howard Zinn plutôt que d’en faire un épouvantail électoral

S’il avait réchappé à une grave maladie

S’il ne confondait pas le sarcasme et l’humour

S’il n’était pas affligé d’une étrange maladie de l’esprit appelée le mépris des morts

Si ses parents lui avaient expliqué qu’une enfance même ratée est souvent le seul vrai trésor d’un être humain

S’il avait un sommeil plus réparateur

S’il dirigeait sa colère contre les industriels et les actionnaires de la Big Pharma plutôt que contre les ouvriers agricoles et les infirmières sans papier

S’il avait assumé d’être et de rester un outsider sans envie ni regret

S’il avait des habitudes alimentaires plus équilibrées

S’il avait appris la compassion

S’il n’avait pas un goût immodéré de l’or et de tout ce qui y ressemble

Si on lui avait raconté que dans les temps anciens, le roi Midas, lui aussi obsédé par l’or, en devint tellement malheureux qu’il supplia Dionysos de le débarrasser de son obsession, ce que fit le dieu et ce dont se réjouit le roi Midas

S’il passait moins de temps à regarder la télé

S’il avait choisi un autre mentor que Roy Cohn

S’il admettait que vouloir limiter les victimes civiles au cours d’opérations militaires ne relève pas du wokisme mais de la simple morale

S’il aimait les gens de peu

S’il savait qu’aux yeux des Grecs anciens, le cynisme avait pour objet de dénoncer les puissants et les valeurs établies

S’il avait été taloché par les femmes chaque fois que nécessaire

S’il s’était laissé impressionner par le courage de Navalny

S’il ne s’était pas habitué trop tôt à vivre à l’abri d’une muraille de limousines, de SUV, de gardes du corps, de caméras… et de lèche-bottes

S’il n’avait pas peur

S’il n’avait pas permis que l’avenir du fascisme puisse passer par lui

S’il lisait ou écrivait de temps à autre de la poésie pour apaiser sa colère ou habiter ses insomnies

S’il avait regardé de bout en bout la série « Twin Peaks » de David Lynch

S’il aimait un peu moins la guerre et respectait un peu plus celles et ceux qui l’ont faite ou la font

S’il s’était un jour demandé d’où lui était venue sa manie de l’injure (qui désigne étymologiquement une injustice)

S’il savait pour quelle raison il a besoin de crier ou de montrer du doigt quand il s’exprime

S’il avait compris qu’un homme de son âge n’a plus vraiment d’autre perspective intéressante que la pratique du bien et de la vérité, seul moyen connu pour n’importe qui depuis la nuit des temps de se préparer à sa mort

S’il se représentait ce que deviendra son corps de mortel une fois sous la terre ou dans une urne funéraire

S’il avait écouté quelquefois Rebekah Del Rio chanter « No stars »

S’il s’était volatilisé

Ou si, pour résumer le tout, il ne s’était tout simplement pas mis un jour dans la tête de prendre la place du « dieu » POTUS (Président Of The United States)

Daniel Conrod